Une mesure qui rapporte les nuitées au nombre d’habitants révèle que plusieurs communes alpines suisses sont beaucoup plus «intensément» visitées que des capitales et îles touristiques européennes populaires.
Le phénomène des « destinations victimes »
Le surtourisme est devenu un sujet récurrent: après la pandémie, le nombre de visiteurs a fortement augmenté et les habitants de certaines destinations touristiques expriment leur ras‑le‑bol. En Suisse, l’an dernier, près de 43 millions de nuitées ont été enregistrées dans les hôtels, un niveau jamais atteint selon l’Office fédéral de la statistique (OFS).
Mesurer l’intensité touristique
Pour dépasser le seul total des nuitées, la Commission européenne a développé un indicateur, l’«intensité touristique», calculée en divisant le nombre de nuitées par la population résidente. Cet indicateur permet de tenir compte de la taille des communes et de mieux saisir la «vulnérabilité» d’une destination au surtourisme.
«L’intensité touristique» se calcule en divisant le nombre de nuitées par la population résidente.
Concentrations en Suisse
Les 186 communes qui comptent plus de trois établissements régulièrement ouverts cumulent 80% des nuitées totales; les autres communes ne peuvent pas être publiées par l’OFS pour des raisons de protection des données. Le Valais, l’Oberland bernois, les Grisons et la région du lac des Quatre Cantons apparaissent comme les plus touchés, en partie parce que les communes très visitées sont souvent de petite taille.
- Zermatt: plus de 1,6 million de nuitées et environ 6 000 résidents, soit une intensité touristique de 269 nuitées par habitant (la plus élevée parmi les communes analysées).
- Lauterbrunnen et Grindelwald: 215 et 210 nuitées par habitant, complétant le podium helvétique.
- D’autres communes en tête: St. Moritz, Loèche‑les‑Bains, Saas‑Fee et Interlaken.
Au total, 13 communes helvétiques dépassent une intensité touristique de 100 nuitées par habitant. Certaines îles grecques présentent des valeurs comparables.
Comparaisons européennes et conséquences
À titre de comparaison, selon Eurostat, Majorque et Paris affichaient des intensités de 57 et 20 nuitées par habitant en 2024. À Venise, Amsterdam et Barcelone, l’indicateur était respectivement de 47, 18 et 7, donc inférieurs à ceux des localités suisses les plus «intensément» visitées.
Les villes suisses, bien qu’elles enregistrent le plus grand nombre absolu de nuitées (Zurich ~4 millions, Genève ~2,3 millions, Bâle ~1,5 million), présentent des intensités plus faibles, généralement entre 7 et 16 nuitées par habitant.
La Commission européenne rappelle que de fortes concentrations de touristes peuvent entraîner des conséquences négatives: déséquilibres du développement touristique, pression sur le marché immobilier et le coût de la vie, tension sur les ressources et vulnérabilité aux chocs de la demande.
Source : watson.ch/fr