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13.09.2026

Voyager près de chez soi : le slow tourisme à l’épreuve du canton de Vaud

Marcheurs sur le sentier Via Valdensis dans le canton de Vaud, paysages et sentiers

En parcourant 533 km autour du canton de Vaud en treize jours, des marcheurs montrent que le dépaysement peut se trouver à quelques kilomètres. L’expérience éclaire les enjeux et les limites du slow tourisme en Suisse.

En treize jours, Philippe Doffey et ses compagnons ont parcouru la Via Valdensis, un itinéraire de 533 kilomètres qui fait le tour du canton de Vaud. Leur randonnée révèle combien un territoire familier peut prendre des airs d’ailleurs lorsque l’on ralentit: villages méconnus, forêts, champs de narcisses aux Pléiades, et même une roue à aubes près d’Yverdon, découverte inopinée et commentée en ces termes par le groupe: «Si on était en Thaïlande, on ferait deux heures de bus pour aller la voir».

Le slow tourisme, quésako ?

Le slow tourisme désigne une manière de voyager qui privilégie la lenteur, la proximité, la découverte locale et des modes de déplacement à faible impact (à pied, à vélo, en train ou par voie d’eau). Il vise à la déconnexion, à l’immersion dans les paysages et la culture locale, et à un tourisme plus respectueux de l’environnement et des populations.

Les autorités publiques soutiennent aujourd’hui des initiatives allant dans ce sens: en France, un appel à projets doté de 4,7 millions d’euros a accompagné 73 projets; en Suisse, des programmes comme Innotour subventionnent des projets favorisant la durabilité et la mobilité douce.

Pourquoi le « loin » est une construction sociale

L’anthropologue Saskia Cousin (Université Paris Nanterre), spécialiste du tourisme, rappelle que l’association du voyage à la distance est largement culturelle. L’évolution des moyens de transport a redéfini ce que nous percevons comme «loin»: ce qui prenait une journée de marche il y a un siècle et demi se parcourt aujourd’hui en quelques heures. Les récits, les images et désormais les réseaux sociaux alimentent un imaginaire qui valorise l’exotisme lointain.

«Le rapport au lointain est très construit socialement» — Saskia Cousin

Ce que le ralentir change dans l’expérience

Ralentir transforme la manière dont on perçoit un lieu. La marche engage le corps, active les sens et favorise l’introspection: odeurs, paysages et mémoires surgissent. Exemple: Eric, entrepreneur de 60 ans qui a rejoint le groupe quelques jours, a été saisi par le parfum des narcisses aux Pléiades, souvenir d’enfance et moment d’émotion. La durée et l’itinérance facilitent aussi les échanges et la création de liens plus profonds entre participants.

Les limites sociales du slow tourisme

Le slow tourisme reste en partie un privilège. Le tour du canton de Vaud mené par Philippe Doffey a mobilisé des personnes disposant de temps, d’une bonne condition physique (parmi elles, Doffey est retraité et ancien marathonien) et d’une expérience préalable du voyage. Saskia Cousin souligne qu’à l’échelle mondiale, des millions de personnes se déplacent à pied non par loisir mais par nécessité. Choisir la lenteur après avoir beaucoup voyagé n’est pas équivalent à n’avoir jamais eu la possibilité de partir.

Dimension économique et rôle des politiques publiques en Suisse

Le slow tourisme présente des opportunités économiques locales. Selon Mireille Corger-Lattion (Innotour), cette approche incite les visiteurs à consommer produits et services de proximité, profitant aux PME, artisans, producteurs, guides et structures culturelles. La Suisse dispose d’atouts importants: paysages préservés, patrimoine, et un réseau de mobilité et de chemins de randonnée abondant — plus de 65’000 kilomètres de sentiers, qui favorisent le développement d’offres lentes et durables.

«On n’a pas forcément besoin de faire dix heures d’avion pour vivre de magnifiques moments et de belles découvertes» — Philippe Doffey

La Confédération soutient cette transformation: Innotour peut financer jusqu’à 50% des budgets de projets sélectionnés, et environ 70% des projets soutenus contribuent à la durabilité. Des labels comme Swisstainable et la stratégie «Travel Better» visent à orienter la demande vers des pratiques et acteurs responsables. La nouvelle stratégie touristique fédérale doit être approuvée au début 2027.

Effets concrets et projets soutenus

  • Promotion de parcs naturels et développement d’offres touristiques durables au sein des territoires.
  • Initiatives locales, comme la création d’une «Slow Destination» à Morges, valorisant nature, gastronomie et culture.
  • Travail sur la mobilité douce, en collaboration avec l’Office fédéral des transports, pour mieux relier les zones périphériques.

Pratiques et infrastructures liées au slow tourisme

Le slow tourisme se pratique à pied, à vélo (véloroutes et EuroVelo), en train ou par voies d’eau. En Europe, le réseau EuroVelo (nombre d’itinéraires et kilomètres réalisés) constitue un exemple d’infrastructure favorisant les traversées lentes; en France, les véloroutes et voies vertes réutilisent souvent halage, anciennes voies ferrées ou routes forestières pour créer des itinéraires sûrs et attrayants.

Notre avis

La Via Valdensis et le tour du canton de Vaud racontés par le groupe de marcheurs montrent, à petite échelle, les qualités et les limites du slow tourisme. L’itinérance sur 533 km en treize jours offre du dépaysement sans avion: rencontres fortuites, redécouverte de lieux familiers, montée en intensité des sensations et des souvenirs. Mais elle illustre aussi l’exigence en termes de temps et d’effort physique que requiert ce type de voyage.

Cet exemple montre les conditions d’une transition plausible: en Suisse, un réseau dense de sentiers (plus de 65’000 km), une forte valorisation du patrimoine naturel, des initiatives publiques (Innotour, Swisstainable) et des projets locaux (Slow Destination à Morges) offrent un écosystème favorable.

Mais la transformation nécessite cohérence et accompagnement — mobilité douce performante, offres d’hébergement adaptées, formation des acteurs locaux et communication ciblée pour attirer des visiteurs au bon endroit et au bon moment. Sans ces leviers, le slow tourisme risque de rester une niche pour initiés.

Sources :