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30.10.2026

Tourisme : une industrie florissante mais vulnérable aux crises

En 2025, le tourisme a généré 11 600 milliards de dollars, soit 9,8 % du PIB mondial. Au forum A World for Travel (AWFT) à Paris, professionnels et institutions ont confronté ce potentiel de croissance aux risques géopolitiques, climatiques et technologiques qui pèsent sur le secteur.

Un poids économique considérable, des perspectives solides

Le World Travel & Tourism Council (WTTC) a rappelé lors du forum A World for Travel, organisé à Paris, que le tourisme pesait 11 600 milliards de dollars en 2025, l’équivalent de 9,8 % du produit intérieur brut mondial. Selon les projections citées par Maribel Rodríguez, vice‑présidente exécutive chargée des destinations au WTTC, l’activité devrait croître de 2,5 % en 2026 et atteindre 17 100 milliards de dollars à l’horizon 2036, soit une progression d’environ 47 % par rapport à 2025.

Des signaux contradictoires : désir de voyager et contraintes budgétaires

Les intervenants ont insisté sur une dualité : « l’envie de voyager atteint des sommets », a noté Didier Bréchemier, responsable mondial Transport, voyages et logistique chez Roland Berger, mais les budgets sont sous pression. La sécurisation des déplacements oriente aussi une partie de la demande vers des destinations plus proches, tandis que les touristes privilégient souvent des voyages axés sur leurs passions plutôt que sur des sites emblématiques.

« L’envie de voyager atteint des sommets. » — Didier Bréchemier, Roland Berger

Inégalités et concentration : le tourisme ne ruisselle pas

Les chiffres globaux masquent d’importantes disparités. La France attire plus de touristes internationaux que l’ensemble de l’Afrique, souligne le forum. Dans de nombreuses régions africaines, la connectivité reste un obstacle majeur : certains trajets internes exigent de transiter par un autre pays, d’après Ekaterina Vasileva, de Radisson Hotel Group. Des voix comme Ola Wright, directrice générale de l’Organisation du tourisme de l’Afrique de l’Ouest (WATO), poussent à une coopération régionale accrue pour capter davantage la valeur touristique au niveau sous‑régional plutôt qu’au seul plan national.

Surtourisme et saisonnalité

Le phénomène de surtourisme demeure aigu dans plusieurs destinations européennes. Une étude Statista/Holidu de 2023 citée lors du forum classe Dubrovnik en tête avec 36 touristes par habitant, devant Venise (21). Face à ces excès, les intervenants ont appelé à agir sur les capacités d’accueil et la saisonnalité pour mieux répartir les flux.

Chocs géopolitiques et hausse du kérosène

La guerre au Moyen‑Orient a été identifiée comme un frein immédiat : selon les participants, le conflit devrait réduire la croissance des arrivées internationales de 1 à 2 points de pourcentage par rapport aux prévisions initiales de l’Organisation des Nations unies pour le tourisme (ONU Tourisme). Autre effet concret : la flambée du prix du kérosène, qui renchérit les vols long‑courriers et pèse sur le choix des modes de transport. Guillaume de Marcillac, cofondateur de Pegasus Trains, a rappelé que le train émet environ vingt fois moins de CO2 que l’avion, mais que le prix reste souvent déterminant pour le voyageur.

Climat, biodiversité et opportunités durables

Les impacts du changement climatique sont déjà visibles et affectent à la fois les destinations et leurs populations. À l’île Maurice, l’érosion des plages progresse « plus rapidement que prévu », a reconnu Clency Roméo, responsable développement durable chez Sunlife, soulignant les conséquences pour l’économie locale. En parallèle, des acteurs voient dans le tourisme un levier de préservation : Daniel Turner, fondateur d’Animondial, rappelle que « 73 % des populations d’animaux sauvages ont vu leurs effectifs diminuer depuis 1970 », selon le WWF, mais estime que des expériences touristiques bien conçues peuvent contribuer à la conservation.

Technologie : l’IA change les usages

L’intelligence artificielle modifie rapidement les comportements de consommation. Une étude Booking.com rapportée au forum montre que 69 % de la génération Z utilisent l’IA pour planifier ou pendant leur séjour, contre seulement 11 % des baby‑boomers. Cette révolution demande des investissements et une adaptation des offres pour répondre à de nouveaux usages.

Des balances touristiques contrastées en Europe

Le WTTC a souligné les différences entre les pays européens en matière de dépenses touristiques. En 2025, la France affichait un solde positif de 19,4 milliards d’euros, avec 81,3 milliards dépensés par les visiteurs étrangers contre 61,9 milliards par ses résidents à l’étranger.

À l’inverse, l’Allemagne et le Royaume-Uni enregistraient des déficits respectifs de 74 et 72 milliards d’euros, reflétant des dépenses plus importantes de leurs résidents à l’étranger. Aucune donnée comparable n’a été présentée pour l’Espagne et l’Italie lors du forum.

Le forum AWFT a ainsi mis en lumière une réalité contrastée : le tourisme reste un moteur économique majeur et porteur de croissance à long terme, mais il évolue dans un contexte incertain, où prix, sécurité, saisonnalité, enjeux climatiques et ruptures technologiques obligent à repenser les offres et les politiques.

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